A la croisée de la foi, de la science et de la culture : repenser son identité hybride
- GBU Burundi
- 19 mai
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Introduction
Y-a-t-il de la science chez nous ?
Tout comme l’histoire, tout peuple a une culture, une religion et sa manière d’interpréter et d’interagir avec le cosmos, qui est qualifié de science. Dans son article intitule, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine, Oseni Taiwo AFISI discute la question de savoir s’il y a une science africaine. Il confronte la discussion entre Samuel Tunde Bajah (l’un des négationnistes de l’existence de la science africaine) qui le manifeste dans son article de 1980, intitule "African Science : Fact or Fiction", dans lequel il s'oppose à la notion d'existence d'une science africaine et Brian Murfin, qui, dans son article intitulé "African Science in School Curriculum" (La science africaine dans les programmes scolaires) partage une affirmation profonde de l’existence de la science africaine. [1]
A l’issu de cette confrontation d’idée, Oseni affirme qu’il y a eu une thèse selon laquelle il existe un pluralisme dans la science, où chaque culture autochtone systématique s'interroge sur la manière d'expliquer la nature de l'univers.[2] Cette thèse serait appuyé par une définition plus générale de la science, qui prouve finalement l’existence de la science dans chaque culture. Selon E.O. Wilson, la science est « l'entreprise organisée et systématique qui recueille des connaissances sur le monde et condense ces connaissances en lois et principes vérifiables" (WILSON 1998, 58). »[3] Et pour Oseni, « ce point de vue considère la science comme l'effort humain concerté pour comprendre clairement l'histoire du monde naturel et son fonctionnement, avec des preuves physiques observables comme base de cette compréhension. »[4]
Si telle est la définition de la science, on peut alors affirmer sans détour que les Burundais avaient et ont toujours leur manière d’interagir avec le monde et de concevoir cette connaissance dans des principes et lois adaptés à leur contexte.
L’hybridisme
De ce qui précède, on peut dire que la société Burundaise régule sa vie au rythme de sa culture, de sa religion et de la science. Cependant, avec le contact avec le monde occidental à travers la colonisation et la christianisation, Le Murundi est obligé d’embrasser la culture occidentale, la science occidentale et une foi chrétienne qui lui est présentée bien emballée dans une culture occidentale. De ce fait, il est en face d’un impératif de repenser son identité à la lumière de toutes ces composantes (d’un côté, la science à la Burundaise avec sa méthodologie, la culture Burundaise et la religion traditionnelle des Burundais, et de l’autre, la culture occidentale, la foi chrétienne et la science occidentale qui a ses propres méthodes et ses exigences culturelles) afin d’adopter une nouvelle identité hybride issue du mixage de ces six composantes.
Ainsi la réflexion sur la relation entre la science, la foi et la culture a pour intention d’amorcer, chez l’érudit Burundais, un dialogue qui cumule à la fois une triple identité : il peut y avoir d’une part un Burundais instruit mais qui adhère à une autre foi autre que la foi chrétienne, ce qui l’invite nécessairement au dialogue science, foi et culture, parce qu’il est Burundais d’un autre arrière-plan religieux qui a, en même temps, embrassé le curriculum conçu et dispensé selon des méthodes et approches occidentales. Mais il y a d’autre part, un Burundais instruit et en même temps chrétien. Celui-ci devra mener, à son tour, une réflexion qui vise à marier les trois composantes (la foi-la science-la culture) dans l’optique de réinventer une nouvelle identité qui lui permet de mener à bien son rôle d’intellectuel chrétien Burundais que Dieu appel à servir dans un contexte culturel précis.
Ce dernier aura d’ores et déjà à répondre à une question épineuse qui consiste à savoir comment il doit mettre au profit de la société, la science apprise, et cela dans les règles de l’art, suivant des principes et valeurs bibliques qui ne doivent en aucun cas courber l’échine devant des exigences culturelles et scientifiques qui ne sont pas en accord avec le message de l’Evangile.
Le même évangile dans une nouvelle approche
Comme susmentionné au point précédent, l’intellectuel Burundais qui n’est pas d’obédience chrétienne vit aussi sa théologie qui influence sa vision du monde, y compris même sa manière d’exercer la science. Cela insinue que même ceux qui ne confessent pas la foi chrétienne ne sont pas exemptés du débat science-foi et culture, parce que toute personne croit en quelque chose, en un autre être suprême en qui il se confie à chaque fois de besoin. Comme le dit le théologien Charles C. Ryrie, tout le monde est théologien mais à des degrés différents, y compris même l’athée.
« La théologie est pour tout le monde. Chacun devrait être un théologien. D’ailleurs, chacun l’est d’une manière ou d’une autre. […] dans un sens fondamental, tout le monde est théologien. Même l’athée a sa théologie. Il réfléchit à la question de Dieu, rejette son existence et exprime ses conclusions, parfois sous forme de credo mais dans tous les cas par son style de vie. L’adepte d’une religion non chrétienne a remplacé Dieu par une divinité contrefaite et expose sa théologie de différentes façons. »[5]
Puisqu’il a formulé sa théologie qui ne prend pas origine dans le message de l’Evangile, il a besoin d’être introduit à la foi chrétienne afin qu’il ait d’abord la vie éternelle et ensuite entamer la longue marche de restructuration de sa pensée sous auspice du discipolat dans la grande famille de communauté chrétienne. Il pourra par la suite remodeler sa vision du monde pour ainsi développer une perspective chrétienne de toute sa vie, y compris même la manière de considérer sa discipline académique et ses finalités.
Il est de ce fait du ressort de l’étudiant chrétien d’initier ce dialogue avec ses pairs dans l’optique de conduire son interlocuteur dans une réflexion biblique qui révèle le Créateur dans son livre de la nature (la création, voire même sa discipline académique) et par voie de conséquence, dans la révélation spéciale qui se décline dans les Ecritures.
Cependant, ce résultat requiert un travail préalable de la part des étudiants chrétiens membres des GBU, qui doivent d’abord se préparer à l’appel d’évangélisation dans un milieu intellectuel. Ils devront de ce fait, faire en aval, l’exercice d’intégrer la science, la foi et la culture de telle manière qu’ils puissent aborder la question sans ambages et ainsi agir avec conviction dans toute ses interventions.
Un préalable : devenir réellement universitaire
Dans son discours de circonstance lors de la 6eme édition de la Conférence Panafricaine des Groupes Bibliques Universitaires d’Afrique Francophone, l’ancien Secrétaire régional, Klaingar Ng’arial déclare expressément que les Groupes Bibliques Universitaires d’Afrique Francophone (les GBUAF) doivent devenir réellement universitaire. A mon sens, la déclaration implique qu’il doit y avoir une certaine rigueur dans la manière de préparer les étudiants à interagir avec le monde universitaire tout en répondant aux standards requis du monde académique.
Face à un étudiant qui se pose des questions sur l’origine et l’âge de la terre, le mouvement de la Terre, l’origine de la vie sur Terre et particulièrement l’origine des espèces animales, l’Intelligence Artificielle et autres questions existentielles, l’étudiant chrétien du GBU se doit d’être bien équipé pour répondre, ou plutôt aider les frères et sœurs du monde académique, à comprendre le message du salut, donné dans un langage qui leur est familier et compréhensible.
Pour ce faire, le dialogue science-foi et culture est introduit dans les GBU dans la nouvelle perspective d’initier d’abord les membres de la famille IFES (au niveau national) au dialogue science-foi et culture (puisqu’on ne peut pas assumer que tout le monde en est conscient) et de les inviter ensuite à penser aux différentes implications y afférentes, dans la manière d’approcher les disciplines académiques, qui sont, pour certains, « considérées comme concurrente de la foi chrétienne »[6]. Le débat donne aussi occasion de développer, sur base des « tendances mondiales » [7]actuelles, une nouvelle approche d’évangélisation adaptée au contexte du moment et qui permet d’aborder les sujets d’actualité mondiaux à la lumière des Ecritures et sur fond d’une discussion réellement académique.
Conclusion
Si les Groupes Bibliques Universitaires ont pour vocation de proclamer l’évangile auprès des grands de ce monde (Actes 9 :15), l’étudiant chrétien se retrouve désormais dans l’obligation de se préparer aux nouvelles exigences de son champ de mission (monde académique) et ainsi proclamer l’évangile dans un style qui répond au profil académique requis, « sans faire abstraction de ses croyances (laisser sans foi au vestiaire) quand il entre au laboratoire » [8]ou dans l’auditoire.
Bibliographie
1. AFISI, Oseni Taiwo, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine (Filosofia Theoretica : Journal of African Philosophy, Culture and Religions, Vol. 5 No. 1 January - June, 2016), pp. 59-73 ;
2. Ryrie, Charles C., ABC de théologie chrétienne, Qui devrait étudier la théologie ? (USA: Chicago, Moody Publishers 820 N. LaSalle Boulevard Chicago, IL 60610,1999),
3. BIOLOGOS, Devons-nous faire confiance à la science ? -Questions courantes- BioLogos, httpsd://bioIogos.org/common-questions/should-we-trust-science, 19/03/2021 ;
4. IFES Global Trends Report,
5. Jaeger, Lydia, Pour une philosophie chrétienne des sciences, (France : Excelsis-Editions de l’Institut Biblique, 2018).
Pour aller plus loin, lire :
1. Oseni Taiwo, AFISI, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine (Filosofia Theoretica : Journal of African Philosophy, Culture and Religions, Vol. 5 No. 1 January - June, 2016),
2. BIOLOGOS, Devons-nous faire confiance à la science ? -Questions courantes- BioLogos, httpsd://bioIogos.org/common-questions/should-we-trust-science, 19/03/2021 ;
3. Hugh R. Rollinson, Science, the Bible and African Faith, (Journal of African Christian Thought, vol.22.No2. December 2019), pp 10-15;
4. Ebenezer Yaw Blasu, Science, the Bible and African Faith, (Journal of African Christian Thought, vol.22.No2. December 2019), pp 16-24;
5. Plateforme Francophone IFES et GBU France, Interagir avec l’université, croitre et servir dans le monde académique, 2019.
[1] Oseni Taiwo AFISI, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine (Filosofia Theoretica : Journal of African Philosophy, Culture and Religions, Vol. 5 No. 1 January - June, 2016), pp. 59-73(6)
[2] Oseni Taiwo AFISI, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine, p.7
[3] Oseni Taiwo AFISI, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine, p. 1.
[4] Oseni Taiwo AFISI, La science africaine est-elle une vraie science ? Réflexions sur les méthodes de la science africaine, pp. 1-2
[5] Charles C. Ryrie, ABC de théologie chrétienne, Qui devrait étudier la théologie ? (USA: Chicago, Moody Publishers 820 N. LaSalle Boulevard Chicago, IL 60610,1999), p.5
[6] Devons-nous faire confiance à la science ? -Questions courantes- BioLogos, httpsd://bioIogos.org/common-questions/should-we-trust-science, 19/03/2021
[7] IFES Global Trends Report, 2019-2020, p.1.
[8] Lydia Jaeger, Pour une philosophie chrétienne des sciences, (France : Excelsis-Editions de l’Institut Biblique, 2018) p.11



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